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Un peu d'histoireLes Forges de l'Adour ...

Vers 1880, on annonça l'implantation de ce qui devait devenir l'usine "Les Forges de l'Adour".

Le 25 mai 1883, c'est l'allumage du 1er Haut-Fourneau de la nouvelle usine sidérurgique.

Le 7 juillet 1884, c'est l'inauguration officielle de l'usine qui comptera jusqu'à 2155 salariés en 1920. L'usine va modifier considérablement le paysage urbain, économique et social de Boucau. Elle amènera au fil des ans un afflux de population dont l'évolution s'établit ainsi :

les forges de l'Adour
  • en 1857: 1485 habitants,
  • en 1880: 2500 habitants,
  • en 1901: 4935 habitants,
  • en 1921: 5182 habitants,
  • en 1936: 5568 habitants...

 

L'installation des Forges de l'Adour accrut considérablement l'activité du Port et engendra de nombreux conflits sociaux qui marquèrent l'histoire de Boucau.

1897, ce fut le premier conflit social aux Forges de l'Adour. Jules Guesdes vint prêcher la parole socialiste au café Lafitte (actuelle rue Maurice Perse). La salle était comble pour venir écouter le leader socialiste.

Ce fut aussi l'année de la création du syndicat des Travailleurs des Forges del'Adour.

les forges de l'Adour

En 1911, eut lieu une des premières grandes grèves, les dockers du Port de Bayonne se mirent en grève pour des augmentations de salaires, mais aussi pour l'amélioration de leurs conditions de travail : à l'époque, les dockers déchargeaient certains bateaux à la hougne (sur leurs dos) et beaucoup d'entre eux glissaient et tombaient dans l'Adour. Cette grève paralysa l'approvisionnement des Forges en charbon et une compagnie de hussards de Tarbes fut dépêchée à Boucau et furent stationnés à l'école du Bourg (actuelle Ecole Jean Abbadie). Il y eut des heurts très violents entre soldats et grévistes. Pierre Laval, ministre de Pétain sous l'occupation allemande (alors socialiste révolutionnaire) vint parler à Boucau.

De 1914 à 1918, les Forges travaillèrent pour la défense nationale, l'effectif, alors composé d'ouvriers immigrés d'origines espagnoles et de femmes, passa de 1600 à 2000 personnes.

Le 12 février 1917, l'usine fut bombardée par un sous-marin, deux ouvriers furent tués et deux autres furent blessés.

En 1917, Henry Russel vint tourner son film "L'Ame du Bronze" aux Forges de l'Adour avec comme interprête principal Harry Baur.

Le mois de mai 1918 vit l'ébauche d'une grève générale. c'était un mouvement courageux car sur 1813 employés, 800 étaient des mobilisés dans l'usine en sursis d'appel conformément à la loi Mourier. L'administration leur imposa de reprendre le travail sous peine de réintégration dans les dépôts. La Direction et la Préfecture préconisèrent aussi le renvoi au front du secrétaire local de la CGT : Joseph Désarménien.

De mai à juin 1920 eut lieu le premier mouvement revendicatif aux Forges de l'Adour.

les forges de l'Adour

La grève fut totale du 10 octobre au 11 décembre 1920 où 2135 ouvriers des Forges demandèrent des augmentations de salaires. Ce fut une grève très dure : Boucau et Tarnos étaient quadrillés par un service d'ordre imposant (80 hussards de Tarbes, 89 gendarmes dont 14 à cheval, 28 gendarmes montés en réserve à Bayonne).Le syndicat organisa des soupes populaires grace à l'appui des métayers du Bas Adour, il fallut nourrir 6000 bouches.

Léon Jouhaux, secrétaire de la CGT vint parler aux grévistes, ainsi que Paul Vaillant Couturier.

La grève prit fin le 11 décembre, les ouvriers n'ayant rien obtenu. 300 d'entre eux furent licenciés. Cette grève leur montra la nécessité de se regrouper et d'être plus solidaires.

Le 6 juin 1930 : sur un coup de sifflet d'un responsable syndical, tous les ouvriers quittèrent leurs postes. La Centrale électrique fut coupée et on empêcha le personnel de maitrise d'assurer la protection du matériel. Le métal en fusion refroidit dans le creuset, les souffleurs cessèrent de fonctionner condamnant les tyères des hauts fourneaux à être inutilisables par la suite.

Ce fut une grève sauvage et aussi la première occupation d'usine en France.

Boucau fut mise en état de siège : la presque totalité des commerces étaient fermés, la ligne téléphonique Boucau-Bayonne fut coupéee, de violentes bagarres éclatèrent entre les grévistes et les 540 gardes mobiles à cheval qui occupaient la ville nuit et jour. Pierre Sémard, secrétaire général de la CGTU vint haranguer les ouvriers à l'occasion d'un meeting le 16 juin.

Le 10 juillet, il fallut se rendre à l'évidence que la Direction ne cèderait pas et la grève s'arrêta sans qu'aucune revendication ne fut satisfaite. De nombreux ouvriers grévistes furent à nouveau licenciés et de nombreux dirigeants syndicaux furent condamnés dont Albert Mora qui devint par la suite Député des Basses Pyrénées et dont une rue du quartier Le Proye porte aujourd'hui le nom.

Les ouvriers avaient quand même gagné la solidarité et l'union qui leur manquait pendant la grève de 1920 ainsi que la reconnaissance par la Direction d'un véritable syndicat ouvrier.